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TEXTE
   LOUIS XIV, PERE DE SES SUJETS

La stérilité de 1661, se fit proprement sentir au commencement de l'année 1662... Ceux qui en pareil cas ont accoutumé de profiter de la calamité publique, ne manquèrent pas de fermer leurs magasins, se promettant dans les suites une plus grande cherté, et par conséquent un gain plus considérable. On peut s'imaginer cependant, mon fils, quels effets produisaient dans le Royaume les marchés vides de toutes sortes de grains...

Les pauvres (faisaient) entendre partout leurs plaintes et murmures... J'entrai moi-même en une connaissance très particulière et très exacte du besoin des peuples. J'obligeai les provinces les plus abondantes à secourir les autres, les particuliers à ouvrir leurs magasins, et à exposer leurs denrées à un prix équitable. J'envoyai en diligence mes ordres de tous côtés, pour faire venir par mer, de Dantzig et des autres pays étrangers, le plus de blé qu'il me fût possible ; je les fis acheter de mon épargne ; j'en distribuai gratuitement la plus grande partie au petit peuple des meilleures villes ; je fis vendre le reste à ceux qui en pouvaient acheter ; mais j'y mis un prix très modique... A la campagne, où les distributions de blé n'auraient pu se faire si promptement, je les fis en argent... Je parus enfin à tous mes sujets comme un véritable père de famille qui fait la provision de sa maison, et partage avec équité les aliments à ses enfants et à ses domestiques. Je n'ai jamais trouvé de dépense mieux employée que celle-là. Car nos sujets, mon fils, sont nos véritables richesses.

LOUIS XIV ; Mémoire pour 1662